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 Source : La Depeche (05/12/2001)    Source : Tout Toulouse (05/12/2001)
[Articles du 05/12/2001] - [ Periode : 12-2001 (141 articles)] - [ Source : Tout Toulouse (78 articles)]

Article paru le 05/12/2001 - Cet article est la propriété du journal ou société : Tout Toulouse

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L'arrêt de mort du pôle chimique du sud toulousain


Photo © Tout Toulouse Il n'y a plus de débat après la révélation d'un document des services de l'Etat qui étend la zone à risque du pôle chimique jusqu'à 10 kilomètres autour des usines. Si celles-ci ne déménagent pas, il faudrait soit déménager l'agglomération, soit accepter que des milliers de gens risquent leur vie.

C'est plié ! Le pôle chimique à qui Toulouse doit la plus grave catastrophe industrielle de ces dernières années, ne peut être que définitivement arrêté. Le document de la Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement (Drire), rendu public, vendredi 30 novembre, lors du débat sur les risques industriels au Palais des congrès de Toulouse (lire p. 6 et 7), sous le titre " Maîtrise de l'urbanisation autour de la zone chimique sud " , a fait l'effet d'une bombe. Au point de rendre obsolète ou oiseuse toute considération ultérieure sur l'avenir du site chimique du sud toulousain.

Le document, publié par la Drire mais élaboré par l'Ineris (Institut national de l'environnement industriel et des risques) - deux organismes d'Etat faisant autorité - établit en effet une dangerosité du site toulousain qui va bien au delà de tout ce qui, jusqu'à présent, avait pu être décrit, prévu ou seulement craint. Si l'activité des usines Seveso du site (AZF, SNPE et Tolochimie) redémarre, dans leur configuration actuelle, c'est toute la ville de Toulouse ainsi qu'une partie de son agglomération qu'il faudrait alors déménager. Qu'on en juge :

- A la SNPE, " la ruine instantanée d'un container de phosgène " provoquerait "des effets létaux"

- c'est-à-dire des conséquences mortelles - pour les personnes situées à l'intérieur d'une zone située à 2,5 kilomètres du lieu de l'accident et " des effets irréversibles pour la santé ou des blessures sérieuses " dans un périmètre de 9,5 kilomètres de diamètre.

- A Tolochimie, " la rupture d'une canalisation de phosgène " ou " la fuite au niveau d'un réacteur de l'atelier de phosgénisation " entraîneraient des conséquences mortelles dans un rayon de 3 à 5 kilomètres ; des " effets irréversibles " se produiraient dans une zone de plus de 10 kilomètres de circonférence.

- A AZF, " la ruine instantanée d'un wagon de chlore " provoquerait des effets mortels à 2,5 kilomètres à la ronde et " des effets irréversibles " à 5,3 kilomètres. Une " ruine instantanée du stockage cryogénique d'ammoniac " entraînerait, elle, des conséquences mortelles dans un périmètre de plus de 10 kilomètres.

Au total, les scénarios accidentels étudiés par l'Ineris concluent tous à l'incompatibilité de la cohabitation entre les usines du pôle et de très larges zones habitées. Incompatibilité radicale puisqu'elle établit un risque potentiel majeur sur des milliers de vies. L'étude, transmise le 27 novembre à la Drire et rendue publique au dernier moment (lire page 4), signe donc l'arrêt de mort du pôle chimique toulousain. Car il n'est pas imaginable qu'un responsable puisse désormais évoquer la poursuite d'activités de chimie lourde qui, en cas d'accident toujours possible, menacent l'existence de la quatrième population urbaine de France. Certains ne manqueront pas d'observer qu'il s'agit là d'une étude " maximaliste ", révélant seulement un risque potentiel. La Drire le reconnaît elle-même puisque son approche considère que le phosgène se transforme instantanément en gaz alors qu'à l'état liquide - comme c'est le cas à la SNPE et à Tochimie - , il s'évapore à un débit moindre. D'autres, comme les industriels, ne manqueront pas de protester de leurs capacités de maîtriser ce risque. La SNPE, par exemple, va prochainement proposer " d'améliorer considérablement les marges de sécurité déjà en place et qui vont dans le sens des nouvelles hypothèses émises par l'Ineris ".

Mais, si l'on ose dire, le mal est fait. Toutes les déclarations d'intention, toutes les promesses de prévention, tous les engagements de sécurité n'y changeront rien. L'explosion du 21 septembre a provoqué un traumatisme profond de la population toulousaine qui, politiquement, se traduit par une défiance radicale envers les représentations et les déclarations institutionnelles. Or, voici qu'aujourd'hui un document des services de l'Etat établit noir sur blanc l'existence d'un risque majeur - la perte totale et instantanée du confinement des gaz toxiques - et en décrit les conséquences effroyables. Qu'importe que la distance exacte varie d'un kilomètre ou deux, qu'importe que le vent souffle dans telle ou telle direction... L'agglomération toulousaine toute entière est concernée par un risque extrême. Ses 650 000 habitants sont placés sous l'épée de Damocles d'un accident de confinement du phosgène, du chlore et de l'ammoniac. Si ces gaz s'échappent, c'est la mort assurée par dizaines, par centaines, par milliers ou par dizaines de milliers ! Malgré toutes les précautions, en dépit de toutes les assurances, personne ne pourra jamais assurer que ce soit impossible. L'imprévisible échappe au prévisionnel. L'explosion récente du hangar de nitrate d'AZF est là pour le rappeler douloureusement.

Sans phosgène, sans chlore, sans ammoniac, la SNPE, Tolochimie et AZF sont condamnées. Ces produits représentent l'essentiel de leur activité. Leur avenir est donc écrit : c'est partir ou mourir. Lionel Jospin, qui s'était déjà fait sa religion sur l'inévitable déménagement du pôle chimique toulousain (lire tout Toulouse du 3 octobre), possède désormais un document officiel sur lequel il peut appuyer sa décision. Il a laissé les bouches s'ouvrir et permis au débat de se développer. Avec l'étude de la Drire et de l'Ineris, il peut justifier d'un choix qui s'impose et qui va dans le sens de l'opinion. Le premier ministre n'attendait sans doute que ça. Politiquement, sa conviction était faite : la population toulousaine ne supporterait pas un redémarrage du site chimique. Encore lui fallait-il prendre pour Toulouse une décision qui ne menace pas l'ensemble de l'industrie chimique en France, en introduisant la suspicion sur un pan entier de l'économie française. Le document de l'Ineris lui en fournit l'occcasion. Il lui apporte l'élément scientifico-technique qu'une exception toulousaine est justifiée.

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Carte postale éditée par Plus Jamais Ça, ni ici, ni ailleurs, légendée au verso : " Aux victimes du terrorisme industriel. Aux victimes de la guerre. Fermeture définitive des usines de mort ".

Jean-Paul Besset


 Source : La Depeche (05/12/2001)    Source : Tout Toulouse (05/12/2001)

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