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 A la mémoire des victimes - Marc Brachet  Catastrophe de Toulouse - Bernard Rolet

Pas un témoignage : Vérité sur la chimie du Nitrate d'Ammonium


Voici un courrier que j'ai adressé à différents journaux en janvier 2003, et une des réponses que j'ai obtenu. Sujet : la chimie du nitrate d'Ammonium, ce qui N'A PAS PU se produire. Ces articles sont couverts par la prescription (1 an depuis la première diffusion sur le net) et donc librement publiable sans risque.

Suite à notre conversation téléphonique du jeudi 23 Janvier 2003, je me permets de vous écrire pour vous apporter quelques données techniques qui, je l'espère pourrons vous donner quelques éclaircissements sur ce qui n'a pas pu se produire à l'usine d'AZF le 21 Septembre 2001. Pour information, je tiens à vous préciser que mon père est chimiste à la retraite, qu'il a travaillé comme technicien supérieur en Résonance Magnétique Nucléaire à Rhône-Poulenc pendant plusieurs décennies. Il est passionné par tout ce qui concerne les poudres et explosifs et m'a transmis cet intérêt et bien d'autres. Je n'ai pas lu l'article que vous avez écris, grosse erreur de ma part, je vous promets de rectifier ceci le plus rapidement possible. Cette lettre concerne un volet technique de l'accident : la chimie du nitrate d'ammonium. Je suis persuadé que vous avez effectué de longues recherches à ce sujet, mais à toutes fins utiles je souhaitais vous apporter mon concours au cas ou des informations mêmes minimes vous manqueraient. Reprenons donc depuis le début. Pour comprendre un peu de quoi on parle, la première chose à savoir c'est que les explosifs se classent en 3 catégories : . Catégorie 1 : Les poudres propulsives Ce sont des explosifs lents. Ils fusent ou déflagrent. Ce sont des mélanges combustibles qui contiennent leur propre comburant, l'oxygène. Leur vitesse de combustion est comprise entre 1600 et 2500 mètres par secondes. Le meilleur des exemples est la poudre noire, la poudre sans fumée (armes à feu) . Catégorie 2 : Les explosifs primaires ou initiateurs. Ce sont des explosifs qui détonnent par friction, par choc même faible, au contact d'une flamme. Ils ne brûlent pas et ne contiennent pas d'oxygène. Ils servent entre autre à produire l'onde de choc nécessaire pour faire exploser les explosifs de la catégorie 3. . Catégorie 3 : Les explosifs brisants Ce sont des explosifs qui détonnent avec une quantité suffisante d'initiateur de type 2 ou sous un choc TRES violent. Ils ne fonctionnent pas par combustion. Certains ne brûlent pas, d'autres brûlent tranquillement (mais sans explosion) s'ils sont allumés par une flamme. Le exemple le plus connu est : le plastic (PETN + huile de ricin). Ils exercent un effet mécanique sur leur environnement lorsqu'ils explosent combinés ou pas. Leur vitesse de décomposition est de 6500 à 8500 mètres par seconde. Exemple : PETN, Cyclonite ou C4, Acide Picrique.

Faire exploser le Nitrate d'Ammonium (NH4-NO3 ) seul S'il n'est pas mélangé intimement à un autre produit qui pourrait le faire réagir (en l'oxydant), son explosion ne peut se produire que dans trois cas : 1 - S'il a été amorcé avec un explosif puissant et en quantité suffisante 2 - S'il a été pris dans un incendie il fond à 152°C. Fondu, il pourrait alors se mélanger avec des combustibles et exploser, mais ceci uniquement après environ une à dix heures d'exposition aux flammes, parfois plus, jamais moins. Dans ce cas, on peut pendant tout ce lapse de temps assister à l'émission abondante de vapeurs rousses qui, couronnant le hangar, n'auraient pas passé inaperçues. 3 - Sous un choc thermique, c'est-à-dire par montée brutale de la température ambiante, au dessus de 300°C. Mais l'explosion ne peut alors se produire que si le produit est extrêmement sec. C'est tout !

Mais concernant « l'accident » d'AZF : 1 - suivant les multiples rapports des experts, l'état du hangar 221 était déplorable, et on peut donc en conclure qu'aucune attention particulière n'avait été portée à l'humidité de l'air ambiant. Le Nitrate d' Ammonium est un produit fortement hygroscopique c'est-à-dire qu'il absorbe très fortement l'eau contenue dans l'air ambiant. Mouillé, il se recouvre d'une pellicule visqueuse qui dégrade son pouvoir détonnant. En le séchant avec une technique particulière, il se transforme en un bloc compact, mais on arrive à retrouver ses propriétés détonantes. Aucun séchage de ce type n'a eu lieu sur ce produit, on peut donc conclure qu'il avait absorbé l' humidité ambiant depuis qu'il fut entreposé dans le hangar 221. On peut donc d'emblée exclure l'explosion due à un choc thermique. 2 - Aucun incendie, aucune vapeur rousse n'a été constatée autours du hangar 221, pendant ne serait-ce qu'une heure avant l'explosion. Le point 2 peut donc être aussi exclus. Ainsi, sans qu'il soit mélangé intimement à un autre produit pouvant le faire réagir, la seule hypothèse scientifiquement plausible est celle de l'amorçage avec un explosif puissant et en quantité suffisante. Enfin soyons lucide : si le nitrate d'ammonium était un explosif, il ne serait pas en vente libre comme engrais, transporté en sac de plusieurs dizaines de kilos dans des semi-remorques. On ne les retrouverait pas dans les laboratoires de chimie sans aucune consigne de sécurité particulière. En revanche on aurait entendu parlé depuis bien longtemps d'attentats commis par des groupes terroristes basques ou corses avec ce produit. Or à ce jour, heureusement aucun attentat au nitrate d'ammonium n'est à déplorer. Et ça ne risque pas d'arriver. Faire exploser un mélange contenant du nitrate d'ammonium L'utilisation du nitrate d'ammonium pour fabriquer un explosif est une technique connue depuis bien longtemps. En mélange avec d'autres explosifs de classe 3, (par exemple le Dinitrophenol), il est utilisé comme explosif de sécurité dans les mines de charbon, car sa décomposition ne produit pas de flamme et évite les coups de grisou (exemple : explosif FAVIER) En 1885, l'allemand GÄNS DE HAMBOURG breveté un mélange composé de 45% de salpêtre, 35% de nitrate d'ammonium et de 20% de charbons de bois (AMIDPULVER) ayant le même usage Durant la 1ère Guerre Mondiale, l'Armée Française utilisa la SHNEIDERITE (S ou SC) composé de 7/8ème de Nitrate de ammonium et d'1/8 de Dinitronaphtalène. La série NX - NT - NTN - NDNT et N2TN furent des mélanges de Nitrate + autres dérivés nitrés ou trinitrés. Pour les Anglais : L'AMATOL qui est constitué soit de 50% de Nitrate et 50% de TNT, ou alors de 60%de nitrate et de 40% de TNT. Les AMONAL sont des mélanges Nitrates/TNT/Aluminium très puissants, brisants et explosent avec un important flash lumineux. Vous l'aurez compris : mélangé intimement avec d'autres produits, des chlorates par exemple, ça n'est plus du tout comme s'il était seul. A tel point que le mélange intime peut mener dans certains cas à l'explosion par une simple friction. L'action de mélanger ces deux produits s'avère même très dangereux : en effet, plus on mélange les deux produits, plus le mélange devient intime. Et si on continu encore à le mélanger, alors le simple travail de friction peut engendrer l'explosion. Mais comprenons-nous bien : ce travail de mélange des deux produits aura déjà dû être minutieux et long afin d'obtenir un mélange très intime. Ainsi, je vois mal comment on peut mélanger accidentellement et d'une manière intime, deux produits. Pour expliquer ce que signifie le mot « intime », je souhaite vous faire part de ma propre expérience : lorsque j'étais gamin, avec mon père et ma sœur, nous fabriquions de la poudre noire pour confectionner des petites fusées. Nous mélangions intimement les composants nécessaires. Et je me rappelle le temps qu'il fallait pour mélanger ces composants d'une manière intime : on mettait bien deux à trois heures à broyer le tout dans un mortier !... Un mélange intime ne peut donc PAS être accidentel.

Les théories des experts Maintenant que nous connaissons toutes les principales propriétés chimiques du nitrate d'ammonium, que penser des thèses établies par les experts ? La chaleur En octobre 2001 certains "experts" ont affirmé qu'une fuite d'acide sulfurique aurait, au contact de soude et de chaux provoqué une brusque montée de chaleur telle qu'elle aurait fait exploser le nitrate d'ammonium. S'il est vrai que la réaction de l'acide sulfurique sur la chaux et la soude est une réaction exothermique (créant du sulfate de calcium et du sulfate de sodium), elle montre très rapidement mais n'est en aucun cas un « choc thermique » de plus la température obtenue n'atteint PAS les 300°C nécessaires pour faire exploser du nitrate d'ammonium. Cette température se situe entre 150 et 200 °C. Le nitrate d'ammonium fond uniquement à une telle température. Question : d'où ces experts nous ont-il sorti cette théorie ? Les hydrocarbures Fin octobre 2001, une nouvelle thèse apparaît : une chape de béton recouverte de bitume serait devenue poreuse avec le temps et le bitume se décomposant en produits hydrocarbures aurait été mis en contact avec le nitrate d'ammonium. Thèse que n'importe quel chimiste sérieux exclut d' emblée étant donné qu'aucune vapeur rousse n'a été constatée autours du hangar 221 une à dix heures avant l'explosion. « Ca explose à chaque fois » Début janvier 2002, un magistrat chargé du dossier indique dans les colonnes du Parisien que "Si on mélange du nitrate d'ammonium avec des produits chlorés ou des dérivés, cela explose à chaque fois". Qui est une demie vérité. En effet nous l'avons vu : certains produits (chlorates par exemple) mélangés finement avec du nitrate d'ammonium peuvent produire un mélange très sensibles. Mais ces experts oublient de dire que de tels mélanges avec une telle finesse ne peuvent se produire dans la nature. C'est thèse est donc à exclure. L'orage souterrain A la mi Janvier 2002 les experts nous font état d'un dysfonctionnement d'un transfo EDF très haute tension qui aurait provoqué un orage souterrain sous le site et fait explosé le hangar de stockage. Là les experts se base sur la théorie du choc thermique provoqué par l'orage souterrain. Rappelons simplement que le nitrate d'ammonium était probablement humide. Le souffre Toujours à la mi-janvier 2002 on nous annonce que l'on a trouvé du souffre dans le cratère, qu'on a trouvé la mèche chimique. On n'en saura pas plus. Produits chlorés : le retour Début Juin 2002, on nous annonce que le nitrate d'ammonium a été mélangé avec des produits chlorés servant à purifier l'eau. Jusqu'à preuve du contraire, le mélange du nitrate d'ammonium avec de l'eau de javel n'a jamais produit d'explosion. Quoiqu'il en soit, les experts n'arrivent toujours pas à expliquer comment ces produits ont pu se mélanger intimement tout seul. La thèse des sacs de produits chlorés C'est la dernière hypothèse en date. Elle fait part de sacs de produits chlorés déposés sur ou à côté du « tas » de nitrate d'ammonium, 15 minutes avant l'explosion. Encore une fois, pour exploser, le mélange doit être « intime » c'est-à-dire qu'il doit se faire d'une manière très fine. Seule la main de l'homme peut l'effectuer (ou une machine commandée par lui) de telle sorte qu'il devienne explosif. Certainement pas la nature, et encore moins en 15 minutes ! Enfin dans tous les cas qui appellent à l'utilisation d'un second produit qui se mélangerait avec le nitrate d'ammonium, rappelons qu'à ce jour aucun mélange aussi intime soit-il entre un produit chloré et du nitrate d'ammonium ne peut exploser tout seul sans l'utilisation de ce que l'on appelle une mèche. Ce peut être une friction dans le cas d'un mélange très intime, un choc dans le cas d'un mélange moins intime etc.

Conclusion : - Les thèses impliquant un mélange ne peuvent pas tenir au regard de la chimie telle qu'on la connaît aujourd'hui. - De plus, comme nous l'avons vu plus haut, sans qu'il soit mélangé intimement à un autre produit qui le fasse réagir, la seule hypothèse scientifiquement plausible est celle de l'amorçage avec un explosif puissant et en quantité suffisante. On en tire donc qu'une première explosion très violente a forcément eu lieu, amorçant celle du nitrate d'ammonium. Ensuite, il semble particulièrement étrange que les thèses énumérées plus haut aient pu être émises par des personnes expertes en chimie. En espérant vous avoir apporté quelques bribes d'informations dont vous ne disposiez pas, j'aurai souhaité, au cas où vous jugerez que cette lettre est digne d'intérêt pour vos lecteurs, que les initiales X.Y.P. soient utilisées à la place de mes noms et prénoms.

Xavier-yves Pedri


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