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 Source : La Depeche (19/12/2001)    Source : La Depeche (20/12/2001)
[Articles du 19/12/2001] - [ Periode : 12-2001 (141 articles)] - [ Source : Liberation (36 articles)]

Article paru le 19/12/2001 - Cet article est la propriété du journal ou société : Liberation

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LA POUDRIERE DU POLE CHIMIE DE TOULOUSE


Faut-il rouvrir la SNPE et laisser fermée AZF? Matignon hésite

Faut-il oui ou non faire redémarrer le pôle chimique de Toulouse après l'explosion, encore inexpliquée, de l'usine d'AZF qui a causé 30 morts et un profond traumatisme dans la population ? Cette question empoisonne Lionel Jospin. Qui plus est, à la veille des fêtes de Noël et en période de grands froids, alors que des centaines de foyers n'ont toujours pas de fenêtres à leurs appartements. A Matignon, où l'on pilote en direct ce dossier ultrasensible, les réunions entre conseillers et ministres se succèdent dans la fébrilité. Deux ont eu lieu hier ; une autre est prévue demain en présence des élus. Sur le papier, les termes du débat sont faciles à soupeser. Rouvrir AZF et la SNPE (Société nationale des poudres et explosifs) et sa filiale Tolochimie risquerait de faire descendre dans la rue beaucoup de Toulousains. Fermer définitivement le pôle chimique créerait un précédent difficile à généraliser à l'ensemble des sites chimiques sensibles situés en bordure d'agglomération. Reste à louvoyer entre ces deux écueils.

Rumeurs. C'est dans cette zone que s'agite le gouvernement. «Si l'on s'oriente vers une réouverture de la SNPE dans des conditions de sécurité renforcées, le sort d'AZF, lui, n'est pas encore réglé», expliquait-on hier dans l'entourage du Premier ministre. Hier, le quotidien la Dépêche du Midi a affirmé que Lionel Jospin avait d'ores et déjà décidé l'arrêt définitif des activités d'AZF et le maintien de celles de la SNPE, «au prix d'aménagements en matière de sécurité». Ce que dément Matignon. Mais ce schéma est précisément celui qu'Alain Richard, ministre de la Défense et autorité de tutelle de la SNPE, a tenté de défendre auprès de Lionel Jospin. «Il y a une vraie différence d'attitude entre AZF et la SNPE, explique-t-on au ministère de la Défense. Autant la filiale de TotalFinaElf a donné l'impression de jouer le pourrissement de la situation, autant la SNPE a fait des propositions constructives qui permettent d'envisager la reprise de son activité dans des conditions de sécurité renforcée.» Et de préciser, un rien perfide : «Yves Cochet n'est pas loin de partager cette analyse.» Hier, personne ne souhaitait confirmer au ministère de l'Environnement.

De son côté, TotalFinaElf refuse de se voir attribuer le rôle du mauvais élève. «C'est difficile pour nous de faire des propositions concrètes de reprise tant que l'on ne connaît pas précisément les raisons de cette explosion», affirme un porte-parole de la société. Le patron de TotalFinaElf, Thierry Desmarest, a déjà prévenu que si le gouvernement décide de fermer l'usine, il ne faudra pas compter sur lui pour la reconstruire ailleurs. A prendre ou à laisser ! Pour la SNPE, il semble que les arguments d'indépendance nationale ont fini par peser de tout leur poids politique. En produisant du carburant pour le dernier étage de la fusée Ariane 5 et pour des missiles balistiques et tactiques, l'usine de la SNPE peut difficilement fermer du jour au lendemain. Sauf à ce qu'Arianespace et l'armée française partent s'approvisionner chez les Américains. Ce qui n'est pas du goût d'Alain Richard. Pour contourner la difficulté, une solution aurait été de fermer toute l'activité liée au phosgène, gaz extrêmement dangereux utilisé pour la pharmacie et l'agrochimie, et de ne conserver que l'activité spatiale et militaire. «Mais, économiquement, ce serait impossible de rentabiliser l'usine avec une si petite activité», explique un cadre de la SNPE.

Sur les 620 salariés du groupe SNPE à Toulouse, seuls 90 travaillent aujourd'hui pour le pôle militaire et spatial. Jacques Loppion, le tout nouveau patron de la SNPE, a pris les devants. Pour prouver sa bonne volonté, il a décidé de réduire sa capacité de stockage de phosgène de 180 tonnes à 2 ou 3 tonnes. «Cette décision va nous coûter plusieurs centaines de millions de francs d'investissement, puisqu'elle nous oblige à changer totalement de processus de production», plaide-t-on dans l'entreprise. Sur le terrain, les syndicalistes affirment que cette attitude constructive est vérifiée par les faits. Depuis l'accident du 21 septembre, les études se multiplient pour limiter le stockage des matières dangereuses comme l'acide nitrique. Les ingénieurs et salariés s'agitent pour trouver des solutions de redémarrage, comme un confinement total du gaz, selon les normes de sécurité appliquées dans l'industrie nucléaire.

«Bombe psychologique». Mais il n'est pas sûr que cela suffise à rassurer la population, catastrophée par le rapport de l'Ineris (Institut national de l'environnement industriel et des risques), dont les conclusions lui ont été révélées à l'occasion du débat régional sur les risques industriels. Selon ce rapport, l'explosion des stocks de phosgène de la SNPE et de Tolochimie aurait tué par asphyxie les Toulousains dans un rayon de 4,5 km et aurait eu des effets irréversibles à 10 km à la ronde. Dans une lettre ouverte envoyée hier à Lionel Jospin, le collectif «Plus jamais ça, ni ici ni ailleurs» n'hésite pas à qualifier de «bombe psychologique» toute annonce de redémarrage : «En toute conscience, êtes-vous prêt, monsieur le Premier ministre, à sacrifier toute une population pour que des entreprises à hauts risques, génératrices prévisibles d'un futur accident technologique, puissent continuer d'exister dans la ville de Toulouse ?» Pour des «dizaines de milliers de Toulousains», affirme le collectif, c'est le pôle chimique dans son ensemble qui est dangereux et doit fermer. Et pas question de faire le distinguo entre une SNPE bon élève de la sécurité et une AZF mal notée.

Pourtant, un rien schizophrènes, les Toulousains ne sont pas insensibles aux manifestations des salariés du pôle chimique. «Cette ville ne peut peut-être pas se passer des 8 000 emplois directs et indirects de la chimie», explique un caviste. «Que deviendrait alors l'école des ingénieurs chimistes ?», renchérit ce pompier à la retraite, spécialiste de sécurité. Il est vrai que, localement, tout concourt à semer le trouble. D'autant qu'Airbus, fleuron local, voit son avenir s'assombrir face à la crise du transport aérien. «On continue les visites guidées sur le site, explique un salarié de Tolochimie. Les gens, même s'ils ne nous aiment pas, commencent à comprendre que nos installations sont propres, qu'on doit travailler. Tout le monde a la trouille du chômage.» Un argument imparable pour un gouvernement.

Mathieu ECOIFFIER,Gilles BRESSON,Gilbert LAVAL,Muriel GREMILLET


 Source : La Depeche (19/12/2001)    Source : La Depeche (20/12/2001)

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